Les premiers occupants de l’estuaire du Wouri furent les Bakoko et les Bassa . A l’origine, ces tribus se sont installées le long du fleuve Wouri, occupant les trois plateaux (Joss, Bassa et Logbaba), séparées par une succession de rivières qui se jettent toutes dans ledit fleuve. Ces tribus constituent les groupements de base de la ville que sont: les Bell sur le plateau Joss, les Akwa au centre, les Deido (du clan Ebelle) et l’entité Bonamouang (de Mouangue) sur la rivière du Mbanya au Nord de la ville. Sur la rive Nord-Ouest se trouve un groupe Sawa issu du clan Bonapriso qui se retrouve à Bonabéri.
Pour s’installer dans les forêts et les côtes, les Bassa ont lutté et repousser les Pygmées et les Fang-Béti. Au départ agriculteurs, chasseurs et pécheurs, ils sont devenus plus tard intermédiaires entre les Duala et les populations de l’hinterland.
Au début du protectorat allemand, les quartiers Duala et Bassa, étaient groupés en villages distincts et séparés par des terrains cultivés. Il faut signaler toutefois que ces plateaux étaient incomplètement occupés par les populations autochtones.
Le plateau Joss, bien exposé à l’accès à l’embouchure, fut l’objet d’une intense et nécessaire convoitise lors de la pénétration des premiers européens au Kamerun. Cet estuaire va se révéler tout au long de sa riche histoire comme un lieu favorable aux échanges. C’est l’activité commerciale qui précède l’administration proprement dite dont le début est marqué par la signature du traité germano-le 12 juillet 1884 entre les représentants de la Maison Woermann et de la firme Jantzen et Thomallen d’une part et, d’autre part, les chefs des villages Deïdo, Akwa, Bell et Joss. Pour la première fois à travers un acte dûment signé, les chefs Duala venaient d’accorder une autorisation à des étrangers de s’installer sur leurs terres et dans leurs quartiers.
Douala fut la Deuxième capitale du Cameroun avant de devenir le plus grand centre de concentration de la population du Cameroun. Sa population a rapidement augmenté, à la faveur d’incessantes coulées migratoires qui ont stimulé, voire imposé de nombreuses mutations. La croissance de la demande en terre des populations a engendré dans cette ville multiethnique des recompositions à connotation identitaire.
Le premier quartier européen était situé sur le plateau Joss. L’occupation entreprise par les allemands eut pour conséquence première l’appropriation de la presque totalité du plateau. D’importants travaux furent accomplis dans l’estuaire du Wouri afin d’en faire une des vitrines devant symboliser l’occupation européenne : bâtiments administratifs, maisons d’hébergements pour les nouveaux arrivants, maisons de commerce, voirie, espaces de loisirs, etc. Ces aménagements marquent la naissance du premier noyau urbain qui allait devenir plus tard la métropole doualaise.
Tout bien considéré, la ville de Douala naît des installations des villages Duala d’abord sur la rive gauche du Wouri. C’est le plateau Joss, siège de l’administration allemande qui commandera l’extension spatiale de la ville. Sa structuration commence en effet avec les premières expropriations des autochtones en 1906. En 1910, l’administrateur allemand de Douala Von Rohm (1908-1914) élabore un plan d’urbanisme qui projette et organise l’occupation du sol.
La première guerre mondiale, qui commence en Europe en 1914, contraint les allemands à partir du Cameroun en 1918 et le projet de faire de Douala l’exutoire (port et chemin de fer) des marchandises du bassin de l’Afrique Équatoriale Française est abandonné. Après la guerre, un condominium succédera au gouvernement colonial allemand. En 1916, le Cameroun sera partagé en deux parties : la partie occidentale du pays reviendra aux anglais et la partie orientale, qui comprend Douala, sera la possession de la France.
Ce changement dans l’administration du pays aura comme conséquence l’abandon de la réalisation d’un Gross-Douala, priorité étant donnée à la construction du port et à l’urbanisation de la rive gauche.
La ville de Douala depuis sa création jusqu’à nos jour, se pose comme un patrimoine en pleine recompositions socio-spatiales.
Extrait de ‘‘Douala : une ville d’occupation et d’immigration’’, Par Antoine de Padoue Nsegbe ; Gratien Mavie Tchiadeu ; Joseph Pascal Mbaha ; Guy Charly Dzalla Ngangue ; Joseph Magloire Olinga Olinga
Mots clés: Douala , dynamique urbaine, mutations socio spatiales, ségrégation ethnique.